- 17 avr.
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Je suis allée récemment à l’église de ma tante, du côté de mon père.
Nous avons beaucoup parlé de tout et de rien, mais étrangement, un moment en particulier est resté en moi.
Elle a désigné les longues fenêtres qui occupaient tout un mur, puis elle m’a dit :
« Munju, il faut avoir des fenêtres dans le cœur. »
Elle a ouvert la première fenêtre, tout à gauche.
« Tu vois ? De ce côté, on aperçoit les montagnes et les champs. »
Puis celle du milieu.
« Ici, ce sont les fleurs et le ciel. »
Enfin, elle a ouvert la dernière, à droite.
« Et là, ce sont les immeubles et les bâtiments. »
Puis elle m’a regardée et a ajouté :
« Munju, ouvre beaucoup de fenêtres en toi. C’est en regardant le monde sous différents angles que tu peux être heureuse. »
« Si ce que tu vois par une fenêtre ne te plaît pas, il suffit d’en ouvrir une autre. »
En l’écoutant, je suis restée silencieuse.
Je crois qu’elle avait raison.
Jusqu’à présent, quand ce que je voyais ne me plaisait pas, j’essayais de le changer.
Mais changer le monde…ce n’est pas si simple. Peut-être même presque impossible.
Ce jour-là, j’ai compris quelque chose.
Si j’ai été malheureuse à certains moments, ce n’était peut-être pas à cause du monde,
mais parce qu’il me manquait des fenêtres dans le cœur.
En particulier, en vivant en France, il m’est souvent arrivé de me retrouver face à des situations très différentes, et, lorsque certaines d’entre elles ne correspondaient pas aux valeurs morales ou sociales que j’avais construites jusque-là, je ressentais un profond malaise, parfois même un dégoût.
Par exemple, les couples qui se séparent alors qu’ils ont des enfants, le fait de fumer dans des espaces publics ou devant les enfants, les voitures qui klaxonnent facilement dans la rue, ou encore le système de certains cabinets médicaux où il faut attendre longtemps malgré un rendez-vous…
Il y avait aussi ces moments où, face à des vols ou des pickpockets, on a l’impression que personne ne peut intervenir immédiatement.
Ce ne sont peut-être que des détails, mais, peu à peu, ces sentiments ont façonné en moi une certaine image :
celle d’un pays qui me semblait, d’une certaine manière, désordonné sur le plan moral.
Et à cause de cela, j’ai aussi traversé des moments de conflit avec mon copain, et des périodes où je me suis interrogée sur notre avenir.
Mais après avoir entendu les mots de ma tante, je me suis demandé si ce n’était pas, en réalité,
Je me suis demandé si, faute de fenêtres dans mon cœur, mon regard n’avait pas, sans que je m’en rende compte, pu paraître un peu déplacé envers eux.